La Douma prépare les sanctions contre les producteurs des films américains. Une auto-punition ?

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(traduction) "Le film a été annulé"

(traduction) « Le film a été annulé »

Un projet de loi déposé cette semaine à la Douma, le Parlement russe, pourrait faire mal aux Américains. Cette loi, si elle est adoptée, limiterait à 50% l’espace accordé aux films étrangers sur tout le territoire russe. Actuellement, les productions venues d’ailleurs occupent 80% du marché. La moitié des films étrangers lancés en Russie proviennent des États-Unis.

Selon la firme d’analyse Nevafilm, 70% des recettes totales en Russie sont engendrées par des productions américaines.

Les observateurs estiment que cette visée protectionniste serait irréaliste dans les circonstances, dans la mesure où l’industrie du cinéma russe n’a produit que 74 longs métrages l’an dernier. Qui n’occupent que 20% du marché. En 2013, les films américains ont enregistré des recettes de 885 millions de dollars en Russie.

Médias en Russie‘s insight:

Un projet peu intéressant et très mal pensé comme, d’ailleurs, toutes les autres mesures et des sanctions proposées depuis l’annexion de la Crimée par n’importe quel pays.

Si le projet de la loi est soutenu il se traduira par la perte de revenu  pour les producteurs d’Hollywood, certes, mais aussi par la crise des salles de cinéma en Russie, car l’industrie ne sera pas capable de combler la lacune après le départ forcé des films américains.

De l’autre côté les distributeurs du « Home Cinéma » et des plateformes de vidéo à la demande (VOD) ainsi que les producteurs des chaînes thématiques seront content car la demande de leurs service augmentera d’un cran…

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La Russie attaque les pirates de l’Internet avec du napalm

 « Si par malheur le cordonnier commence à faire les tartes et le boulanger se lance dans la fabrication des chaussures  il n’y aura que des problèmes; c’est sûr. »

(I.A. Krylov,  « Le brochet et le Chat », 1813 )

russianpirates

La Russie a renforcé la lutte contre le piratage sur Internet en vue de son entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2012, mais des dizaines de sites russes proposent toujours de télécharger gratuitement des films ou de les regarder en ligne. Parmi eux se trouve le plus grand réseau social russe VKontakte dont le succès doit beaucoup aux vidéos et la musique que ses utilisateurs exposaient sur leurs profiles en les rendant disponibles à toute personne ayant un compte sur VKontakte (inutile de dire que 90% de ce contenu était piraté).

Cette situation ne pouvait durer éternellement et le premier coût de tonnerre s’est retenti vendredi dernier quand les députés russes ont adopté une loi visant à lutter contre le piratage de films sur Internet. Cette loi va « mettre fin à la diffusion du contenu piraté sur le net », a affirmé un vice-président de la Douma (chambre basse) et député du parti au pouvoir Russie Unie, Sergueï Jelezniak. Pourtant malgré de bonnes intentions des représentants du peuple le projet a provoqué de vives critiques des géants du net qui y ont vu une menace pour le développement de leur industrie en Russie. En voici quelques unes de ces réactions :

googleicon« Cette loi menace toute l’industrie du net en Russie », a déclaré l’antenne russe de Google dans un communiqué envoyé à l’AFP.

yandex« C’est une mesure inadéquate et inacceptable (…) susceptible de freiner considérablement le développement de l’Internet en Russie », a dénoncé pour sa part le plus grand moteur de recherche russe, Yandex.

Pourquoi autant de critiques ?

Formulation floue, méthodes inefficaces.

Selon le texte de la loi, tout site diffusant des films piratés ou donnant les informations nécessaires pour pouvoir les télécharger peut être désormais bloqué par le tribunal municipal de Moscou sur demande du détenteur des droits d’auteur, y compris par une demande envoyée via Internet, sans attendre que l’ayant droit porte officiellement plainte. Le détenteur des droits d’auteur aura ensuite 15 jours pour enregistrer officiellement sa plainte auprès du tribunal. Si le plaignant ne le fait pas, le tribunal de Moscou doit ordonner le déblocage du site à l’expiration de ce délai.

Personne n’y parle comment les sites d’hébergement doivent veiller sur l’application de la loi : est-ce que les détenteurs des droits doivent soumettre le lien direct sur le contenu illégal ou bien l’opérateur doit le prendre à sa charge (une procédure très coûteuse et peu efficace).

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »

Selon le document, la lutte contre le piratage sera réalisée par les blocages des adresses IP des ressources qui hébergent du contenu illégal. Une pratique discutable car aucun opérateur ne peut se permettre de donner autant d’adresses IP dédiées à leurs clients. Des milliers de ressources utilisent les adresses partagées et la majorité des utilisateurs d’Internet ont des adresses IP dynamiques. Avec la nouvelle loi l’épée de Damoclès punira tous : coupables et non-coupables qui, par malchance, auront les mêmes adresse IP.

BlockIP

D’ailleurs, la logique saine aurait préférée la voie d’interdiction d’accès au contenu spécifique et non pas pour l’ensemble du site.

Bref, on voit bien que les auteurs de la loi ont élaboré le texte sans avoir demandé l’avis des représentants de l’industrie, ni tenu compte de la législation qui existe déjà dans d’autres pays (voir le Digital Millennium Copyright Act (DMCA)). Pire !  A l’origine, la loi devait concerner également les œuvres littéraires et musicales mais sa version définitive votée vendredi ne concerne que les films et les vidéos.

Cependant, les acteurs majeurs du RuNet (Internet russe) ont déjà commencé à paniquer. Tel le réseau social VKontakte que nous avons évoqué au début de cet article.  imagesLe fameux réseau qui compte 210 million d’utilisateurs enregistrés et près de 50 million de visiteurs uniques quotidiens a organisé le nettoyage général  en bloquant les compositions musicales ‘suspectes’ dans les comptes des utilisateurs ce qui a engendré une vague de protestations. Le ‘hashtag’ #вернитемузыкувVK (rendez-moi la musique dans VKontakte) est devenu vite une tendance principale dans le Twitter russe. Des mesures pareilles à l’égard de la vidéo vont inévitablement entraîner la migration des utilisateurs vers d’autres plateformes en fragilisant VKontakte qui ne bénéficiera plus de son titre de l’hébergeur principal du contenu audiovisuel de RuNet. Un scénario pareil offrira un avantage majeur aux ressources étrangers dont Facebook qui jusqu’à maintenant avait du mal à s’installer dans l’ensemble des pays de la C.E.I. (Communauté des Etats Indépendants).

Certes, il est encore trop tôt pour paniquer car la loi doit  être approuvée par le Conseil de Fédération (chambre haute du parlement) et promulguée par le président Vladimir Poutine. Mais si rien ne se passe (et il doit se passer quelque chose !) la nouvelle loi entrera en vigueur le 1er août 2013. Tout de même, selon mes perceptions et au vu des vacances parlementaires la discussion sera remise et le texte de la loi sera réexaminé et complété quelques mois plus tard.  

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Une nouvelle loi russe censure des dessins animés

Tant chauffe-on le fer qu’il rougit et tant gratte chèvre que mal gît … (Un proverbe français)

Une nouvelle loi pour la « protection des enfants » est entrée en vigueur en Russie samedi dernier (le 1 septembre 2012). Face à ces nouvelles dispositions, les médias russes sont partagés entre panique et perplexité. Pour ne pas prendre de risques, de nombreux responsables de médias en ligne craignent de devoir marquer tout leur site comme “interdit aux moins de 18 ans” – ce qui aurait pour effet de faire chuter leur lectorat, voire d’entraîner le blocage de leur site par certains fournisseurs d’accès, par les réseaux Wi-fi publics ou dans certaines institutions publiques comme les écoles.

L’inquiétude touche également les médias traditionnels : le 28 août dernier, le rédacteur en chef de la station de radio indépendante Echos de MoscouAlexeï Venediktov, a annoncé sur Twitter la suspension temporaire de l’émission “Aux adultes, sur les adultes”, animée depuis 2004 par le juriste et psychologue familial Mikhaïl Labkovski. Le directeur général de la chaîne de télévision 2×2Lev Makarov, a même annoncé que la série “Les Simpsons” serait expurgée de certains passages violents (notamment « Itchy and Scratchy show » regardé par Bart sera interdit), tout comme “South Park”, qui ne serait plus diffusée qu’après 23 heures. Des producteurs se sont émus que les personnages fumeurs de dessins animés soviétiques très populaires pourraient être censurés. Les médias bruissent de rumeurs faisant état de listes de mots censurés ou de postures corporelles à bannir à l’écran.

Peur pour le patrimoine télévisuel soviétique.

La nouvelle loi a été critiquée par les médias et créateurs de dessins animés russes qui redoutent que d’autres chaînes ne soient contraintes de censurer des programmes à l’image de 2×2. Certains professionnels du secteur ont craint que cette nouvelle loi ne défigure des dessins animés cultes de l’époque soviétiques comme Nu, pogodi! (Attends que je t’attrape!) et Le crocodile Guena, où certains personnages fument une cigarette ou la pipe. (Voir l’épisode en question de « Nu, pogodi !  » http://youtu.be/mM8qgX3vbuI)

Reporters sans frontières déplore à nouveau la confusion créée par les amendements apportés en juillet 2012 à la loi censée “protéger les enfants des informations nocives”.

Les imprécisions et incohérences du texte rendent ses dispositions répressives encore plus menaçantes et encouragent les journalistes à l’autocensure. La définition très vague des ‘informations nocives’ laisse trop de marge à l’interprétation et crée un grave risque de surblocage. Comment rendre compte des catastrophes naturelles, des conflits armés et des agressions sexuelles dans de telles conditions ? Tel qu’il est présenté, le marquage des contenus d’information par catégorie d’âge est une mesure aberrante et dangereuse pour les médias. Sous prétexte de protéger les mineurs, la loi risque d’entraver sérieusement leur mission d’informer le public sur des sujets d’intérêt général. Nous demandons aux parlementaires de clarifier le texte et d’en supprimer les dispositions attentatoires à la Constitution et aux conventions internationales ratifiées par la Russie”, a déclaré l’organisation.

A l’heure actuelle, le flou et les contradictions du texte de loi rendent indispensables des explications officielles. Mais ces dernières, malheureusement, sont elles aussi changeantes. Les questions se focalisent actuellement sur le type de contenu qui doit être interdit aux mineurs. Selon la nouvelle version de la loi, les médias sont en effet tenus de soustraire à la vue des enfants tout contenu incluant entre autres des scènes de violence, de sexe, du vocabulaire grossier, ou incitant à la consommation de tabac et d’alcool. Pour ce faire, chaque article ou contenu susceptible de les heurter doit faire l’objet d’une mention “interdit aux moins de” 6, 12, 16 ou 18 ans.

De son côté, l’autorité de surveillance des médias Roskomnadzor a indiqué que les conséquences de la nouvelle législation seraient examinées un mois après l’entrée en vigueur du texte, laissant entendre que des aménagements seraient possibles, selon l’agence Ria Novosti.

En attendant VGTRK a déjà annoncé qu’il va classifier le dessin animé « Nu, pogodi! » (qui est une série d’animation culte de tous les temps) en tant que 18+ ce qui le déplace automatiquement dans les créneaux nocturnes des chaînes du groupe …   En Russie il existe un proverbe qui pourrait résumer cette situation:  « Dites à un fou de prier et il va se fracasser le front »…

Sources : RTL, RBC