L’avenir incertain de la Télévision publique russe

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OTP – Obshestvennoe Rossiyskoe Televidenie (la télévision publique russe)

Le quotidien russe « Izvestia » a communiqué qu’à l’heure d’aujourd’hui plus que la moitié du personnel a quitté la Télévision publique russe (TPR). Le directeur général Anatoly Lysenko a ainsi commenté la situation:

« Nous ne licencions personne. La réduction de l’effectif se produit dans le cadre de restructuration. Les uns voient leurs contrats qui arrivent à leurs termes et ne seront pas reconduits, d’autre quitte l’entreprise par leur propre volonté ».

Lancée en 2013 sur l’initiative du président Dmitri Medvedev, la chaîne de TPR (OTP en russe) n’a jamais eu un succès quelconque. Malgré les grands privilèges accordés (par exemple une place réservée dans le premier multiplex russe) la direction de la TPR n’a pas cessé de se plaindre du financement insuffisant et n’a jamais su trouver un modèle économique alternatif aux subventions provenant du budget de l’Etat (il était initialement prévu que le canal sera financé par les téléspectateurs). Le résultat logique de la politique menée par la direction de la chaîne serait la disparition totale de la Télévision publique du paysage médiatique russe. 

Alors, direz-vous, pourquoi la télévision publique n’a pas de chance en Russie ? Je vous propose de parcourir nos 3 articles ci-dessous pour avoir la réponse:

Et pour vous divertir un peu :

PS:  en guise d’exemple je voudrais vous citer une chaîne privée Dozhd qui n’a pas gaspillé les subventions de l’Etat et a dépensé beaucoup moins d’argent sur sa propre production que la TPR sur les acquisitions. Résultat? Dozhd TV qui (hélas) reste toujours sous le risque d’interdiction pour les motifs politiques est devenue quasiment autosuffisante tandis que la TPR n’est jamais sortie de la stagnation.

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Les JO à Sotchi ont rapporté 2 milliards de roubles aux chaînes TV russes

Bonjour Chers lecteurs,

Cela fait longtemps que je n’ai pas dit un mot sur les médias en Russie ce qui est dû au charge de travail que j’ai actuellement. Je m’excuse auprès de vous pour l’irrégularité de mes postes et je vous invite à m’envoyer un petit message si un sujet particulier vous intéresse. Entre temps,  j’ai décidé de tourner la page des JO à Sotchi 2014 en vous proposant quelques stats intéressantes…

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Il est connu que les événements de cette taille attirent des grands annonceurs qui remplissent les caisses des diffuseurs. Les JO à Sotchi ont également généré plus de 2 milliards de roubles (plus de 40 millions d’euro) en recettes publicitaires ce qui a permis aux chaînes de télévision Rossya 1, Rossya 2 et Channel One Russia de rembourser les frais engagés pour l’acquisition des droits de diffusion (1,6 milliard de roubles). La banque russe Sberbank (Caisse d’Epargne) est devenu l’annonceur le plus actif des Jeux Olympiques.

D’après l’étude de « Quendi RusMediaAudit » la première chaîne russe (Channel One Russia) a obtenu entre 55-65% de recettes en attirant 29 grandes marques contre 18 pour la chaîne du holding VGTRK Rossya 1. Quand au prix du spot publicitaire, c’est aussi Channel One qui détient le record: plus de 250 000 roubles HT (50 000 euro HT) pour un point GRP (« gross rating point » correspond au nombre moyen de contacts publicitaires obtenus sur cent individus de la cible visée) lors de la cérémonie d’ouverture et de clôture.

Audience booster par excellence. 

ChelVtykaetAu total, selon les estimations de TNS Russie, plus de 63,7 millions de Russes, soit 93,5 pour cent de l’audience de la télévision russe, ont suivi les Jeux Olympiques du 7 au 23 février 2014 La cérémonie d’ouverture a elle seule a attirée 40,8 millions de Russes. Belles performances, rien à dire.  Une très forte augmentation de l’auditoire a été remarqué sur toutes les chaînes qui diffusaient des épreuves olympiques. Ainsi, la part d’audience 18+ de la chaîne Rossya 1 a augmenté de 14% dans la période pré-olympique pour atteindre à 16,5% au cours des Jeux. Quand à sa sœur Rossya 2, une chaîne publique entièrement consacrée à la diffusion des événements sportifs, son audience a fait un bond de 2% à 4,9% ! A ne pas oublier la part d’audience de la chaîne thématique à péage Sport 1 qui a bondi de 0,2% à 1,1% soit plus de cinq fois.

Et en France? 

Les diffuseurs exclusifs des JO France 2 et France 3 ont gagné respectivement 400 000 et 200 000 téléspectateurs quotidiens : l’audience moyenne de France 2 pendant les deux semaines des JO a monté à 1,7 million de personnes ( 17,3%) par jour contre 1,3 million (13,9%) pendant le mois précédant les JO. Pour France 3, l’audience moyenne a atteint 1,1 million (11,1% de l’audience) pendant les Jeux contre 907 000 (9,5%) le mois précédent (source).

Deuxième écran en plein boom.

Les chercheurs ont également noté un intérêt accru pour les Jeux Olympiques sur Internet. Ainsi, l’application de VGTRK pour les écrans connectés (dont les téléviseurs avec la technologie SmartTV) a été installée  par 7 millions d’internautes parmi lesquels se trouve votre aimable serviteur 🙂  Le portail sportif Sportbox a attiré plus de 15 millions d’utilisateurs uniques pendant la période des Jeux Olympiques (2 millions d’utilisateurs par jour en moyenne, un visiteur sur cinq a consulté la ressource à partir d’un appareil mobile).

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Les services en ligne ne menacent pas le cinéma russe (étude)

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Société de recherche « Nevafilm Research » a récemment publié une étude sur les habitudes des spectateurs russes en se basant sur les données recueillies sur Internet et celles obtenues dans les salles de cinéma. Comme il s’est avéré, le public qui va au cinéma ne regarde presque jamais des films sur Internet, et vice versa – ceux qui utilisent les services de cinémas en ligne, ne se déplacent pas fréquemment jusqu’au prochain multiplex.

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« En règle générale, les cinémas russes sont incapables d’attirer les « Internautes », et la sortie du film sur le petit écran connecté n’aurait qu’un impact très limité sur ​les entrées au cinéma » – a déclaré l’expert de « Nevafilm Research » Xenia Leontieva. Cela peut signifier que les nouveaux films qui apparaissent sur le réseau simultanément ou peu de temps après leurs premières au cinéma, n’ont pas à se soucier du box-office. Ce qui est prouvé par la pratique, car sur le marché russe une fenêtre entre la sortie du film au cinéma et sa parution sur Internet est beaucoup plus courte par rapport aux pays européens ou bien les Etats-Unis (pour les productions locales cette fenêtre est souvent moins d’un mois).

Cela signifie-t-il que le marché russe de la vidéo en ligne prospère en Russie?

Hélas non. Ce segment du marché est encore peu développé. D’après le Président de « Cinéma sans frontières » Sam Klebanov, le visionnement du film en ligne en Russie est principalement basé sur le modèle gratuit qui ne peut proposer qu’un nombre limité des nouveautés. Ce modèle est particulièrement intéressant pour « …des gens qui sont à la recherche de ce qu’ils peuvent regarder à la télé dans la soirée après le travail ». Cependant, une autre catégorie des gens (ceux qui sont prêts à payer pour de nouveaux films) s’accroît. Ils ne vont pas au cinéma, parce qu’il n’ont pas de temps ou bien ils n’ont pas de cinéma à proximité. (rappelons au lecteur qu’en Russie seuls 40% de la population ont accès au cinéma). Les deux modèles de consommation en ligne peuvent coexister sans que l’un cannibalise l’autre – conclut Klebanov.

DispositifFilmsEn revenant vers le rapport « Nevafilm Research », rappelons qu’aujourd’hui, 64 % de téléspectateurs russes préfèrent de regarder les nouveaux films au cinéma, 24 % – sur les ordinateurs, 10 % – à la télévision et 2 % – sur les appareils mobiles connectés…

Source

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Portrait du spectateur russe

Le marché russe du cinéma multiplexe sur le point d’exploser ?

Karo – le premier réseau des salles de cinéma numériques en Russie

Le marché russe du cinéma multiplexe sur le point d’exploser ?

L’année dernière j’ai mentionné un avenir radieux des cinémas IMAX en Russie (36 cinémas IMAX actuellement; l’ouverture de 23 autres est prévue). Quand au cinéma ‘ordinaire’ il parait que ce marché a un très fort potentiel. Allons voir si c’est vrai.

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D’après Les Echos, le nombre d’écrans en Russie a progressé de 70% entre 2008 et 2012 ce qui est énorme. De plus que l’expansion ne s’y arrête pas, car, selon le directeur de « Kino Expo » Dmitri Kazuto seuls 40% de la population russe ont accès au cinéma. Le développement de l’infrastructure se trouve au stade précoce. Si aujourd’hui la Russie compte près de 3300 salles de cinémas (3228 selon Nevafilm Research) elle aura besoin de tripler ce chiffre pour atteindre le niveau européen, conclut Monsieur Kazuto.

Cependant, même si au premier abord le potentiel du marché paraît très attirant les faits montrent que sa capacité de grandir est assez limitée  (voir les données ci-dessous).

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Mise à part le mécanisme de sélection darwinienne quand les cinémas à une salle avec le matériel obsolète suivis par ceux équipés des projecteurs numériques disparaissent,  il y existe un autre facteur qui freine la croissance : l’expansion des centres commerciaux dotés d’un multiplexe cinématographique. Selon la conjoncture économique l’ouverture de centres pareils n’est pas rentable dans les villes qui comptent moins de 50 000 habitants ; du coup,  les multiplexes n’y vont pas.

C’est pour cela que 60% de la population russe n’ont toujours pas accès au cinéma de proximité et, selon le directeur du « Nevafilm » Oleg Berezin, n’en auront pas dans l’immédiat.  Selon Monsieur Berezin «  …même si les habitants des petites villes (villages) n’ont pas accès au grand écran, ils ont des antennes paraboliques, télévision par câble et Internet … » Autrement dit, l’Internet comblera la niche là où le cinéma multiplexe ne vas pas.  Même si la loi contre le piratage récemment entrée en vigueur a été censée d’augmenter la fréquentation des cinémas elle ne fera qu’augmenter le nombre de consommateurs du contenu légal dans les villes susmentionnées. Personne n’ira en campagne pour ouvrir une salle de cinéma. Selon les calculs de Monsieur Berezin, en deux ans la fréquentation des salles de cinéma n’a pas augmenté contrairement à leur nombre (+30%).

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On peut en déduire que malgré les chiffres prometteurs et une forte croissance des salles de cinéma le marché russe va bientôt arriver à sa saturation en se heurtant à un mur des écrans de grande diagonale de plus en plus accessibles et de l’Internet haut débit qui continue sa marche triomphante à travers la Russie.

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Un pas en avant pour le marché de la vidéo en ligne en Russie

Bonjour mes chers lecteurs ! Le blog @mediasrusses est de retour après de longues vacances suivies des semaines de travail acharné 🙂 qui ne me laissait pas de temps pour vous informer du développement du marché audiovisuel russes. Et des nouvelles, il y en a.

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Depuis que nous nous sommes quittés la loi ‘bancale’ contre le piratage sur Internet a été approuvé par le Président russe et elle est entrée en vigueur le 1 août, comme c’était prévu. Les mécontents ont été demandés de se taire (comme c’est souvent le cas en Russie) mais, de l’autre côté, les autorités n’ont pas commencé à appliquer la nouvelle loi pour tous les opérateurs en les donnant une période « de grâce » afin que chacun puisse s’adapter et il parait que cette décision a marché.

Concrètement, le plus grand réseau social VKontakte est en train de revoir ses relations avec les ayant droits en ce qui concerne la distribution de leur contenu en ligne. Ainsi,  la VGTRK (une compagnie pan-russe d’État de télévision et de radiodiffusion) a signé l’accord avec VKontakte selon lequel le réseau social aura droit de visionner le contenu du holding en plaçant la publicité au début de chaque émission. Les revenus de cette activité seront partagés moitié-moitié.  La VGTRK est allée encore plus loin en mandatant la société IMHO Vi (« Video International ») de développer un partenariat stratégique avec tous les réseaux sociaux et les plateformes de la téléphonie mobile pour la vente d’espaces publicitaires de ses vidéos.   Aujourd’hui près de 400 000 publicités de VGTRK sont visualisées chaque jour sur Internet et réseaux sociaux. Le holding a également ouvert ses chaînes officielles sur YouTube.

Mais l’initiative vient aussi de la part des distributeurs. Fin septembre, les cinémas en ligne russes ont décidé de former une association dont la fonction principale serait d’interagir avec les ayant droits (pour faciliter l’obtention de droits de contenu peu après la sortie) et des services de recherche (pour la promotion de sites avec un contenu légal). Les services tels que Amediateka.ru, 1tv.ru, Ivi.ru, Megogo.net, Molodejj.tv, Now.ru, Stream.ru, Tvigle.ru, Tvzavr.ru, Viaplay.ru et Zoomby.ru qui occupent un total de 10% du marché de la vidéo légale ont été parmi les premiers adhérents.

Donc, l’entrée en vigueur de la loi a été  un signal politique et psychologique important sur le changement du vecteur dans le développement du marché de la vidéo en ligne en Russie. Cependant, je suis persuadé que même si le mécanisme d’autorégulation du business a été lancé, la loi sera corrigée prochainement.

A suivre…

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Selon ComScore (données août 2013) l’audience de téléspectateurs uniques de vidéo en ligne en Russie est de 60 millions (le marché est estimé à 45 millions de dollars) et grandit chaque jour. Selon les prévisions ce chiffre devrait atteindre 100 millions d’abonnés. 

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RT, le soft power russe en images

La chaîne d’information du Kremlin Russia Today (RT) a fait beaucoup de bruit (et a eu autant de succès) lors des deux dernières années. Voici un article de Vassily KLIMENTOV, qui vous aidera à comprendre l’histoire du succès de la chaîne à deux lettres.   

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Lancée en 2005 par le Kremlin et présentée comme un équivalent russe de la BBC – un média financé par l’État, mais possédant une ligne éditoriale indépendante –, RT, tout en voulant faire concurrence à la BBC, Deutsche Welle, France 24 et surtout Al Jazeera, s’est clairement positionnée comme le porte-voix international de Moscou. Adossée à l’agence de presse étatique RIA Novosti par l’intermédiaire de la compagnie TV-Novosti, Russia Today s’est diversifiée avec la création de la chaîne arabophone Rusiya Al-Yaum (RT Arabic) en mai 2007, de la chaîne hispanophone RT en Español en décembre 2009, de la chaîne spécifiquement destinée au marché américain RT America en 2010 et finalement de la chaîne RT Documentary en juin 2011. Ce développement a été rendu possible par l’augmentation du financement, sans que celle-ci ne se fasse de manière toujours transparente, qui est passé de 30 millions de dollars en 2005 à près de 350 millions en 2011, pour s’établir légèrement au-dessus des 340 millions de dollars en 2012. 
En 2013, RT – grâce à une décision exceptionnelle de Vladimir Poutine – fait partie des médias dont le financement a été maintenu malgré les recommandations du ministère des Finances qui préconisait des coupes budgétaires. RT est aujourd’hui clairement la figure de proue dusoft power russe, aux côtés par exemple du journal officiel Rossijskaja Gazeta qui édite des suppléments mensuels en partenariat pour plusieurs journaux dans le monde, dont La Russie d’Aujourd’hui pour Le Figaro en France.
Autour du slogan « Question more », l’objectif affiché de RT est de présenter une information «alternative» à ce que ses dirigeants décrivent comme les médias mainstream. Cependant, de fait, ni la direction de la chaîne, ni le pouvoir russe – malgré des éléments de langage récurrents soulignant la liberté éditoriale de la chaîne – n’ont jamais fait d’efforts particuliers pour nier le caractère engagé de RT. En juillet 2012, Margarita Simonyan, la rédactrice en chef de RT que l’on peut retrouver sur Live Journal, l’assume d’ailleurs ouvertement dans une interview pour le journal russe Itogi en rappelant qu’au sein de la chaîne : « nous sommes complètement solidaires de la politique étrangère de notre pays. Plus encore, lorsque nous avons commencé, nous avons ouvertement dit que nous allions présenter le point de vue russe sur le monde ». Du côté de Vladimir Poutine, le propos, exprimé dans une interview à RT en juin 2013 largement reprise par les médias américains, est plus ambigu et la contradiction à peine masquée : « Nous voulions amener une chaîne d’information absolument indépendante dans l’arène de l’information. Assurément la chaîne est financée par le gouvernement, donc elle ne peut faire autrement que de refléter la position officielle du gouvernement russe sur les événements dans notre pays et dans le reste du monde d’une manière ou d’une autre ».
Plus simplement, sans aller dans la caricature présentée dans certains médias du soft power américain comme Voice of America, le cœur du concept RT reste de mettre l’accent – souvent avec des moyens qui n’ont de journalistique que le nom – sur des sujets que la Russie veut promouvoir à l’international, allant de l’opposition à l’exploitation du gaz de schiste dont l’arrivée sur le marché impacte à la baisse sur le prix du gaz russe au soutien inconditionnel au régime syrien que la Russie défend.
Who poses the greater nuclear threat? (Campagne de RT à Londres)

Who poses the greater nuclear threat? (Campagne de RT à Londres)

Le tout teinté d’un antiaméricanisme prononcé et d’un temps de parole démesuré accordé aux tenants de différentes théories du complot, lesquels remettent en cause la « version officielle » du 11 septembre 2001, la naissance du président Obama en territoire américain ou le changement climatique.
Présenté ainsi, RT ressemble à s’y méprendre à certains médias de l’époque soviétique – une analogie jusque dans les procédés utilisés que nombre de commentateurs, y compris russes, n’ont pas manqué de noter. La technique la plus simple, et la plus efficace assurément, étant toujours de refuser de discuter des problèmes russes, ou des pays alliés ou amis, en arguant que l’Occident est loin d’être irréprochable, perdant au passage tout sens de la mesure. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la force de RT réside pourtant dans son caractère ouvertement biaisé pour la majorité de l’auditoire international. Dans un système où l’information médiatique, même au niveau international, tend à l’uniformisation alors que beaucoup de médias recherchent une objectivité qui sera toujours factice, la chaîne russe assume, presque sans gêne, une information dirigée, mettant ouvertement l’accent sur les problèmes de l’Occident, donnant l’occasion de s’exprimer à tous les autocrates et organisant des débats parfois à la limite du grotesque.
De fait, au moins deux points méritent d’être soulevés pour expliquer le succès de RT. D’abord sur le fond, il est évident, que même en ayant connaissance de l’agenda politique qui saute aux yeux et même en comprenant que l’information est filtrée, reste qu’il n’existe pas d’autres chaînes de télévision où l’on peut voir une interview du président syrien Bachar el-Assad ou de ses représentants, un entretien avec le leader du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, ou avec le défunt président du Venezuela Hugo Chàvez. Dans un style différent, la chaîne russe est aussi une scène parfois ouverte où il est possible de voir le philosophe Slavoj Žižek en débat avec David Horowitz. Ensuite, sur la forme, et en admettant que RT ne fait pas réellement dans le journalisme et que, de fait, son objectif est fondamentalement différent de celui d’informer sérieusement, la chaîne est passée maître dans l’art tendance de l’infotainment. Sa force est d’être à mi-chemin entre l’information et le show, de ne pas être liée par les codes du journalisme, de faire dans une forme événementielle où, qu’il s’agisse des débats ou des reportages, se mêlent jugements de valeur et information, l’objectif est de susciter le choc, de provoquer la controverse – de finalement faire du divertissement.
Derrière cela, et en plus d’une campagne de publicité très agressive, un vrai travail technique et stratégique pour proposer de nouvelles formes de programmes, plus éloignées d’un journalisme « sérieux » à la CNN, a aussi été fait. Comme illustration d’une stratégie tournée vers le sensationnel, RT a, par exemple, reçu la Nymphe d’Or à Monte Carlo en juin 2013 pour sa couverture de l’explosion de météorite au-dessus de la Sibérie, typiquement un sujet événementiel pour lequel la chaîne a récupéré de nombreuses vidéos amateurs. Encore plus symptomatique de cette idée de l’infotainment, la chaîne RT

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Dans un cas pareil le présentateur n’est plus une tête parlante et doit certainement avoir le talent d’acteur .

Arabic a récemment mis en place un JT utilisant des effets 3D  pour traiter notamment d’un sujet aussi sérieux que la situation au Moyen-Orient : le présentateur devient presque acteur jouant avec un tank qui, sortant de l’écran, vient envahir le plateau ou encore avec des étincelles volant de l’écran pour atterrir sur son complet. Clairement, le journalisme passe ici au second plan, tout est fait pour captiver le public sur la forme plus que sur le fond. En parallèle, la chaîne est complètement adaptée au marché local, n’utilisant pratiquement que des présentateurs de langue maternelle, une autre manière de paraître accessible.

La stratégie de RT passe aussi par le recrutement de personnalités emblématiques, recrutement qui peut être fait grâce aux ressources financières de la chaîne, mais pas seulement. Il est évident par exemple que le sulfureux fondateur de Wikileaks, Julian Assange, aurait sûrement eu du mal à devenir intervieweur sur une autre chaîne lorsqu’il a finalement rejoint RT en 2012. Comme pour l’obtention des invités politiques, la force de RT est d’être une chaîne officiellement adossée au Kremlin, bénéficiant de son appui pour attirer des personnalités. Plus récemment, M. Simonyan a annoncé en grande pompe que l’emblématique Larry King, connu au passage pour son admiration de Vladimir Poutine, allait, dès juin 2013, animer un programme d’interviews, Larry King Now, sur RT et en créer éventuellement un spécialement pour la chaîne par la suite. Évidemment, RT n’a pas la capacité de recruter tous les présentateurs qu’elle voudrait, certains refusent de s’associer à un tel projet. Il semble, par exemple, que Phil Donahue ait récemment refusé une offre de la chaîne russe.
La combinaison de ces facteurs explique le succès relatif de RT dans le monde, son accession au statut de 3e chaîne d’information en Grande-Bretagne avec un demi-million de téléspectateurs quotidiens d’après Voice of Russia et sa capacité à s’imposer comme le média étranger le plus regardé dans les villes américaines de Washington, New York, San Francisco, Los Angeles et Chicago d’après une étude menée l’année dernière par la firme américaine Nielsen Media Research. En 2012, RT a également réussi à doubler son audience aux États-Unis par rapport à l’année précédente. Cependant, comme l’illustre le succès rencontré sur YouTube, où RT a atteint le milliard de vues et possède à ce jour plus de 978 000 abonnés, son format est peut-être plus adapté au web  qu’à la télévision classique. Internet propose une interactivité accrue pour les spectateurs, élément fondamental pour partager des vidéos virales en multipliant les commentaires. À ce titre, le fait que les vidéos de RT soient parmi les plus commentées sur la plateforme, malgré la présence de seulement 19 000 vidéos au total, ne relève clairement pas du hasard. Pour accélérer la propagation de « son » information, RT autorise officiellement les utilisateurs à republier sur leurs propres chaînes les vidéos qu’elle a postées, à condition d’en mentionner l’origine. Aujourd’hui, la chaîne russe peut se targuer de compter entre 800 000 et un million de visiteurs par jour sur ses vidéos, un résultat qui sort de l’ordinaire.
Finalement, pour l’ex-Russia Today, l’objectif ultime de populariser la Russie prédomine largement sur le financier et le but n’est pas de faire de RT un projet rentable. Ainsi, si la publicité est présente sur certaines vidéos, elle demeure très effacée – un choix délibéré des dirigeants qui veulent avant tout faire passer un agenda politique et non gagner de l’argent. Pour cela, comme au temps de l’URSS, il n’est pas réellement nécessaire d’être journaliste, il s’agit plus d’un travail de communicant.
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Les biopics russes : cinéma au service de l’ État ?

See on Scoop.itMédias en Russie

Dessin d'Alexeï Iorch (c)

Dessin d’Alexeï Iorch (c)

Le cinéma russe connaît une nouvelle mode : les biopics – des films biographiques sur des célébrités. Les exemples les plus frappants sont deux films sur les personnalités cultes des années 1970, le chanteur Vladimir Vyssotski (Vyssotski. Merci d’être vivant, 2011) et le hockeyeur Valeri Kharlamov (Légende № 17, 2013). Une biographie du premier homme envoyé dans l’espace, Youri Gagarine, Le premier vol, est également sortie en 2013. Les films sur le gardien de but (de foot) Lev Yachine et le lutteur Ivan Poddoubni sont en cours de réalisation.

Vyssotski. Merci d'être vivant (2011)

Vyssotski. Merci d’être vivant (2011)

Cette mode n’est pas tant motivée par des considérations commerciales que par des intérêts idéologiques. Étant donné que la quasi-totalité des films russes actuels sont réalisés avec l’apport financier de l’État (entre 10 et 100% du montant), le pouvoir dispose de leviers d’influence sur les producteurs et les réalisateurs. Le cinéma russe a été chargé d’une mission : créer l’équivalent de Hollywood. L’idée est née au moment de la sortie du film de Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan. Dix ans durant, l’objectif suprême des réalisateurs russes est de « créer un film comme celui de Spielberg, mais sur les Russes ». Le pic des espérances a été nourri par la sortie de Soleil trompeur 2 (2010, 2011), de Nikita Mikhalkov. Mais le film fut un échec commercial et recueillit des critiques très négatives en raison de la verbosité et des hypothèses fantasques du réalisateur.

Gagarine : Premier dans l’Espace (2013)

Gagarine : Premier dans l’Espace (2013)

Lorsqu’il devint clair que rivaliser avec Hollywood est impossible, un recentrage sur le marché intérieur fut décidé : les préférences iraient à la promotion de « l’unité de la nation ». La recherche de thèmes capables d’émouvoir aussi bien les anciennes générations de Soviétiques que celles qui ont grandi dans la Russie démocratique a remis au goût du jour le thème de la guerre.

Les adaptations cinématographiques des conflits, depuis la guerre russo-turque jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, incarnent la tendance du nouveau cinéma patriotique des années 2000.

Des centaines de films et de séries traitent de ce thème, pour la plupart sans connaître de succès commercial ou de grandes audiences. Le public se lasse petit à petit de ce type de films. Selon les enquêtes de la Movie Research Company, au premier semestre de l’année 2011, le cinéma russe a enregistré une baisse d’audience de 29% (par rapport aux chiffres de la même période de l’année précédente). Selon les estimations du magazine Iskusstvo kino, en 2014 les films russes ne recueilleront que 10% des recettes de l’industrie. Aucun film sur la guerre n’a été rentable en Russie (à l’exception de la Forteresse de Brest, 2011). La guerre n’intéresse plus le public.

Légende n°17

Légende n°17 (2013)

Suite au succès inattendu de Légende № 17, l’adaptation de biographies de personnalités célèbres apparaît comme la planche de salut du cinéma populaire russe. La première tentative du genre fut Amiral (2008), le film sur l’amiral Koltchak, chef des forces anti-bolchéviques lors de la guerre civile en Russie, suivi de Vyssotski, merci d’être en vie. Pourtant, la biographie de Valeri Kharlamov n’est pas tant un biopic qu’un film sur l’opposition de deux systèmes, l’américain et le soviétique, le héros principal du film n’étant qu’un rouage mineur de la Guerre froide. La biographie récente du premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, est sortie plus d’un demi-siècle après son vol. Le film n’a pas rencontré un grand succès commercial en raison d’une promotion insuffisante à la télévision mais surtout à de l’inconsistance artistique du film. Gagarine est présenté comme une icône complètement dénuée de toute humanité.

Vladimir Poutine intervient en encourageant l’idée de réaliser un film sur le célèbre gardien de l’équipe de football d’URSS, Lev Yachine, à l’initiative de la direction du projet VTB Arena Parc avec le soutien de la banque VTB. La réalisation débutera en 2014, la sortie est prévue en 2017.

Andreï Peregoudov, vice-président senior de la banque VTB, en charge du projet VTB Arena Parc, explique ainsi sa vision : « Parmi les derniers films que j’ai vus, celui sur Gagarine m’a le plus impressionné. J’aimerais que le film sur Yachine puisse procurer des émotions aussi fortes ». Selon Peregoudov, suite à de longues négociations, la veuve du gardien de but, Valentina Yachina, a accepté de participer au projet en tant que consultante.

Le genre biopic est tout à fait légitime. Des centaines de films de ce type sont tournés en Occident sur des basketteurs, des peintres, des écrivains et d’autres personnalités de premier plan. Avec une différence non négligeable. L’idée, derrière les biopics occidentaux, est de montrer à quel point il est important d’être libre et croire en soi pour réussir. La morale des biopics russes est tout autre : pour être célèbre et respecté, il faut collaborer avec l’État.

Médias en Russie‘s insight:

Selon notre propre opinion, les autorités russes ne savent pas tout simplement par quel bout prendre le problème pour augmenter les recettes provenant des productions nationales. Le film sur la légende du hockey sur glace Valéri Kharlamov est devenu un vrai événement au cinéma en restant au top du box office national pendant les 2 semaines. Le secret ? Le film est très bien fait: le sujet, le jeu des acteurs, les prises de vues sont de qualité et n’ont rien à envier aux meilleurs productions hollywoodiennes. Voilà la recette : faire des bons films sur les sujets qui intéressent le public. Le patriotisme n’y pour rien …

See on larussiedaujourdhui.fr

Lire également sur notre blog :

La Russie attaque les pirates de l’Internet avec du napalm

 « Si par malheur le cordonnier commence à faire les tartes et le boulanger se lance dans la fabrication des chaussures  il n’y aura que des problèmes; c’est sûr. »

(I.A. Krylov,  « Le brochet et le Chat », 1813 )

russianpirates

La Russie a renforcé la lutte contre le piratage sur Internet en vue de son entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2012, mais des dizaines de sites russes proposent toujours de télécharger gratuitement des films ou de les regarder en ligne. Parmi eux se trouve le plus grand réseau social russe VKontakte dont le succès doit beaucoup aux vidéos et la musique que ses utilisateurs exposaient sur leurs profiles en les rendant disponibles à toute personne ayant un compte sur VKontakte (inutile de dire que 90% de ce contenu était piraté).

Cette situation ne pouvait durer éternellement et le premier coût de tonnerre s’est retenti vendredi dernier quand les députés russes ont adopté une loi visant à lutter contre le piratage de films sur Internet. Cette loi va « mettre fin à la diffusion du contenu piraté sur le net », a affirmé un vice-président de la Douma (chambre basse) et député du parti au pouvoir Russie Unie, Sergueï Jelezniak. Pourtant malgré de bonnes intentions des représentants du peuple le projet a provoqué de vives critiques des géants du net qui y ont vu une menace pour le développement de leur industrie en Russie. En voici quelques unes de ces réactions :

googleicon« Cette loi menace toute l’industrie du net en Russie », a déclaré l’antenne russe de Google dans un communiqué envoyé à l’AFP.

yandex« C’est une mesure inadéquate et inacceptable (…) susceptible de freiner considérablement le développement de l’Internet en Russie », a dénoncé pour sa part le plus grand moteur de recherche russe, Yandex.

Pourquoi autant de critiques ?

Formulation floue, méthodes inefficaces.

Selon le texte de la loi, tout site diffusant des films piratés ou donnant les informations nécessaires pour pouvoir les télécharger peut être désormais bloqué par le tribunal municipal de Moscou sur demande du détenteur des droits d’auteur, y compris par une demande envoyée via Internet, sans attendre que l’ayant droit porte officiellement plainte. Le détenteur des droits d’auteur aura ensuite 15 jours pour enregistrer officiellement sa plainte auprès du tribunal. Si le plaignant ne le fait pas, le tribunal de Moscou doit ordonner le déblocage du site à l’expiration de ce délai.

Personne n’y parle comment les sites d’hébergement doivent veiller sur l’application de la loi : est-ce que les détenteurs des droits doivent soumettre le lien direct sur le contenu illégal ou bien l’opérateur doit le prendre à sa charge (une procédure très coûteuse et peu efficace).

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »

Selon le document, la lutte contre le piratage sera réalisée par les blocages des adresses IP des ressources qui hébergent du contenu illégal. Une pratique discutable car aucun opérateur ne peut se permettre de donner autant d’adresses IP dédiées à leurs clients. Des milliers de ressources utilisent les adresses partagées et la majorité des utilisateurs d’Internet ont des adresses IP dynamiques. Avec la nouvelle loi l’épée de Damoclès punira tous : coupables et non-coupables qui, par malchance, auront les mêmes adresse IP.

BlockIP

D’ailleurs, la logique saine aurait préférée la voie d’interdiction d’accès au contenu spécifique et non pas pour l’ensemble du site.

Bref, on voit bien que les auteurs de la loi ont élaboré le texte sans avoir demandé l’avis des représentants de l’industrie, ni tenu compte de la législation qui existe déjà dans d’autres pays (voir le Digital Millennium Copyright Act (DMCA)). Pire !  A l’origine, la loi devait concerner également les œuvres littéraires et musicales mais sa version définitive votée vendredi ne concerne que les films et les vidéos.

Cependant, les acteurs majeurs du RuNet (Internet russe) ont déjà commencé à paniquer. Tel le réseau social VKontakte que nous avons évoqué au début de cet article.  imagesLe fameux réseau qui compte 210 million d’utilisateurs enregistrés et près de 50 million de visiteurs uniques quotidiens a organisé le nettoyage général  en bloquant les compositions musicales ‘suspectes’ dans les comptes des utilisateurs ce qui a engendré une vague de protestations. Le ‘hashtag’ #вернитемузыкувVK (rendez-moi la musique dans VKontakte) est devenu vite une tendance principale dans le Twitter russe. Des mesures pareilles à l’égard de la vidéo vont inévitablement entraîner la migration des utilisateurs vers d’autres plateformes en fragilisant VKontakte qui ne bénéficiera plus de son titre de l’hébergeur principal du contenu audiovisuel de RuNet. Un scénario pareil offrira un avantage majeur aux ressources étrangers dont Facebook qui jusqu’à maintenant avait du mal à s’installer dans l’ensemble des pays de la C.E.I. (Communauté des Etats Indépendants).

Certes, il est encore trop tôt pour paniquer car la loi doit  être approuvée par le Conseil de Fédération (chambre haute du parlement) et promulguée par le président Vladimir Poutine. Mais si rien ne se passe (et il doit se passer quelque chose !) la nouvelle loi entrera en vigueur le 1er août 2013. Tout de même, selon mes perceptions et au vu des vacances parlementaires la discussion sera remise et le texte de la loi sera réexaminé et complété quelques mois plus tard.  

Lire également sur notre blog : 

La télévision publique russe, différera-t-elle des chaînes gouvernementales ?

                          « Celui qui paie les violons choisit la musique »

TPR

Le logo officiel de la Télévision Publique Russe

Selon le service presse, la Télévision Publique Russe (TPR) entrera en activité courant mai (le lancement officiel de la chaîne est prévu pour dimanche prochain, le 19 mai 2013). Bien que le financement de la TPR ait dû dépendre des dons des citoyens, la direction de la chaîne n’a pas réussi à réunir assez de moyens. Puisque le gouvernement russe s’est retrouvé contraint de prendre en charge le financement une question se pose: est-ce que la télévision publique russe sera différente d’autres chaînes fédérales contrôlées par le gouvernement ?

Un peu d’histoire.

La création de la nouvelle chaîne a été initiée en 2012 par Dmitri Medvedev, alors président de Russie. Régie par le statut d’association indépendante à but non lucratif, celle-ci devait réussir à former un fonds de dotation.

Cependant, les représentants du ministère de la communication ont décidé que le capital devait se situer entre 30 milliards de roubles (soit près d’un milliard de dollars) et 100 milliards de roubles. Mais rassembler des dons spontanés prend des années. Par conséquent, le financement de ce projet grâce à l’aide seule du fonds de dotation s’est révélé impossible.

Au final, le gouvernement envisage d’accorder au projet près d’1.5 milliard de roubles par an (soit près de 60 millions de dollars). De plus, la chaîne espère engendrer des revenus grâce à la publicité publique des différents ministères et institutions.

La télévision publique est-ce bien une utopie?

NPRDans différents pays, les médias publics existent grâce aux dons des auditeurs. C’est par exemple le cas de la National Public Radio américaine, financée à 39% par les auditeurs. Mais il a fallu des années pour mettre en place ce mécanisme de collecte de fonds basé sur la bonne volonté de ses fidèles.

BBCLe cas de la BBC, le plus ancien média public au monde, est également intéressant. En Grande Bretagne, il existe un système nommé « TV Licence Fee ». Pour résumer, les propriétaires de postes de télévision payent une contribution à l’audiovisuel public. Cet argent est consacré au développement du secteur médiatique. En Russie, une telle forme de financement n’existe pas légalement.

Qu’en pensent les experts?

Vu que le projet sera entièrement ou partiellement financé par le gouvernement, certains professionnels se demandent en quoi la chaîne publique russe différera des chaînes gouvernementales officielles déjà existantes. Igor Iakovenko, ancien secrétaire général de l’Union des journalistes de Russie, considère que la création d’une chaîne publique constitue « une copie conforme, une énième variante des chaînes gouvernementales. »

Andreï Reut

Andreï Reut

« L’initiative même ne vient pas de la société, mais du gouvernement »,remarque Andreï Reut, adjoint du rédacteur en chef de la chaîne RBC, dédiée à l’économie : « Le gouvernement paye, le gouvernement mène la danse ».  Si la chaîne se voit accorder un financement important, elle se fera bien sûr une place.  « Elle pourrait bien remplacer une chaîne gouvernementale », anticipe Reut.  Cette chaîne émettra 24/24 chez certains opérateurs. L’accent sera mis sur les émissions de science cognitive, les documentaires et la vie dans les provinces russes. La chaîne ne diffusera pas de publicité ou de divertissements.

« Ce genre de chaînes manque à la Russie : des chaînes intelligentes, indépendantes, qui joueraient un rôle social, qui réfléchiraient aux intérêts de la société et ne se lanceraient pas dans une course à l’audience en favorisant les thématiques criminelles et la télé réalité », conclue Andreï Reut.

Médias en Russie‘s insight:

@mediasrusses ont beaucoup suivi ce sujet depuis 2012 et nous sommes désolés de constater que la télévision publique russe à l’état actuel n’est pas en mesure de subvenir aux besoins des citoyens vu que aucun de ses trois piliers (éduquer, informer et divertir) n’est doté d’un fondement solide.

Prohod na telebashnu« Divertir », « Éduquer » ?  – la question du financement n’est pas réglé et sans cela il est impossible de produire des programmes de qualités. Quoique, la situation peut s’arranger dans quelques années et les deux piliers vont aller en bonne direction. Mais le grand problème est que « Informer » ne ne les suivra pas.

En même temps, comme on le connait tous, le but principal du journalisme est d’informer les gens ouvertement et honnêtement, sans avoir peur d’appeler « un chat un chat ». Aujourd’hui, aucune chaîne de télévision en Russie n’est capable de le faire, même les grands groupes de télévision privés. (que dire de la télévision dont le PDG est nommé directement par le Président?..)

« Celui qui paie les violons choisit la musique » – a dit Vladimir Poutine lors de son premier mandat en répondant à la question sur le financement de la télévision publique posée par un journaliste de renommé internationale Vladimir Pozner. (source: http://goo.gl/EFRLS, en russe).  Donc, ce serait trop naïf de notre part de penser que les choses ont bien changé depuis…

L’espoir fait vivre…

Si ce sujet vous intéresse nous vous suggérons de jeter un coup d’œil sur le dossier de la télévision publique en Russie sur notre blog: http://mediasrusses.com/tag/television-publique/

Via larussiedaujourdhui.fr

L’Internet en Russie explose : mais où investir ?

See on Scoop.itMédias en Russie

RuNet_Invest

Avec une audience en hausse de 12% entre 2011 et 2012 pour atteindre 61,2 millions d’internautes, la Russie dispose de la plus grosse audience Internet sur le continent européen, selon Yandex.. Conséquence : le russe est désormais la seconde langue utilisée sur la toile en Europe, derrière l’anglais. Les implications pour le marché du digital en Russie sont sans précédent et les perspectives de développement des start-up sont immenses. D’autant que le réservoir de croissance est là. Seuls 52% des russes de plus de 18 ans se rendent au moins une fois par mois sur Internet.

Entre 2010 et 2011, le marché de la publicité en ligne a grimpé de 56% et représente aujourd’hui 17% du marché de la publicité en Russe, soit 1,4 milliard de dollars, selon une étude réalisée par la banque d’affaires GP Bullhound. Selon l’AKAR, l’homologue russe de l’AACC, ce chiffre s’élevait en 2012 à 1,877 million de dollars en 2012, soit une croissance de 34%.

MarcheDePubliciteEnLigne

Le marché de l’e-commerce russe a quant à lui grimpé de 25% en un an pour atteindre 10 milliards de dollars en 2011. Selon Morgan Stanley, ce chiffre s’élevait à 12 milliards de dollars en 2012. Et les prévisions sont sans appel : en 2020, l’e-commerce russe devrait peser quelques 30 milliards de dollars.

Quant au marché de la vente de contenus digitaux, il a connu une croissance de 20% entre 2010 et  2011 pour atteindre 281 millions de dollars et devrait s’accélérer en raison d’infrastructures Internet de plus en plus performantes « et ce notamment dans les grandes métropoles comme Moscou où le LTE a pris de l’avance » indique Adrien Henni, co-fondateur et rédacteur en chef du média spécialisé sur l’actualité digital russe « East-West Digital News ».

Des géants de l’Internet russe déjà bien installés

© Comscore Media Metrix, 2012, GP Bullhound

© Comscore Media Metrix, 2012, GP Bullhound

Sur les 10 premières destinations Web en Europe, déjà 3 sont russes. Le premier, Mail.ru, enregistrait 79,5 millions de visiteurs uniques en mars 2012, selon Comscore, arrivant devant Axel Springer. Un autre concurrent de Google, le moteur de recherche Yandex, est quant à lui troisième groupe et est suivi de vKontakte, le concurrent de Facebook qui comptabilisait 67 millions de visiteurs uniques par mois en 2012. S’il paraît vain de souhaiter concurrencer ces trois géants, les start-up russes sont de plus en plus attrayantes aux yeux des investisseurs étrangers, puisque c’est tout un écosystème qui est en cours de développement. « Elles ont d’ailleurs réussi à s’adapter aux normes de la Silicon Valley », poursuit Adrien Henni, ce qui facilite forcément la tâche des investisseurs….

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Médias en Russie‘s insight:

Un super dossier sur l’état de RuNet fait par Hugo Sedouramane @JDN. A consommer sans modération!

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