Une nouvelle loi russe censure des dessins animés

Tant chauffe-on le fer qu’il rougit et tant gratte chèvre que mal gît … (Un proverbe français)

Une nouvelle loi pour la « protection des enfants » est entrée en vigueur en Russie samedi dernier (le 1 septembre 2012). Face à ces nouvelles dispositions, les médias russes sont partagés entre panique et perplexité. Pour ne pas prendre de risques, de nombreux responsables de médias en ligne craignent de devoir marquer tout leur site comme “interdit aux moins de 18 ans” – ce qui aurait pour effet de faire chuter leur lectorat, voire d’entraîner le blocage de leur site par certains fournisseurs d’accès, par les réseaux Wi-fi publics ou dans certaines institutions publiques comme les écoles.

L’inquiétude touche également les médias traditionnels : le 28 août dernier, le rédacteur en chef de la station de radio indépendante Echos de MoscouAlexeï Venediktov, a annoncé sur Twitter la suspension temporaire de l’émission “Aux adultes, sur les adultes”, animée depuis 2004 par le juriste et psychologue familial Mikhaïl Labkovski. Le directeur général de la chaîne de télévision 2×2Lev Makarov, a même annoncé que la série “Les Simpsons” serait expurgée de certains passages violents (notamment « Itchy and Scratchy show » regardé par Bart sera interdit), tout comme “South Park”, qui ne serait plus diffusée qu’après 23 heures. Des producteurs se sont émus que les personnages fumeurs de dessins animés soviétiques très populaires pourraient être censurés. Les médias bruissent de rumeurs faisant état de listes de mots censurés ou de postures corporelles à bannir à l’écran.

Peur pour le patrimoine télévisuel soviétique.

La nouvelle loi a été critiquée par les médias et créateurs de dessins animés russes qui redoutent que d’autres chaînes ne soient contraintes de censurer des programmes à l’image de 2×2. Certains professionnels du secteur ont craint que cette nouvelle loi ne défigure des dessins animés cultes de l’époque soviétiques comme Nu, pogodi! (Attends que je t’attrape!) et Le crocodile Guena, où certains personnages fument une cigarette ou la pipe. (Voir l’épisode en question de « Nu, pogodi !  » http://youtu.be/mM8qgX3vbuI)

Reporters sans frontières déplore à nouveau la confusion créée par les amendements apportés en juillet 2012 à la loi censée “protéger les enfants des informations nocives”.

Les imprécisions et incohérences du texte rendent ses dispositions répressives encore plus menaçantes et encouragent les journalistes à l’autocensure. La définition très vague des ‘informations nocives’ laisse trop de marge à l’interprétation et crée un grave risque de surblocage. Comment rendre compte des catastrophes naturelles, des conflits armés et des agressions sexuelles dans de telles conditions ? Tel qu’il est présenté, le marquage des contenus d’information par catégorie d’âge est une mesure aberrante et dangereuse pour les médias. Sous prétexte de protéger les mineurs, la loi risque d’entraver sérieusement leur mission d’informer le public sur des sujets d’intérêt général. Nous demandons aux parlementaires de clarifier le texte et d’en supprimer les dispositions attentatoires à la Constitution et aux conventions internationales ratifiées par la Russie”, a déclaré l’organisation.

A l’heure actuelle, le flou et les contradictions du texte de loi rendent indispensables des explications officielles. Mais ces dernières, malheureusement, sont elles aussi changeantes. Les questions se focalisent actuellement sur le type de contenu qui doit être interdit aux mineurs. Selon la nouvelle version de la loi, les médias sont en effet tenus de soustraire à la vue des enfants tout contenu incluant entre autres des scènes de violence, de sexe, du vocabulaire grossier, ou incitant à la consommation de tabac et d’alcool. Pour ce faire, chaque article ou contenu susceptible de les heurter doit faire l’objet d’une mention “interdit aux moins de” 6, 12, 16 ou 18 ans.

De son côté, l’autorité de surveillance des médias Roskomnadzor a indiqué que les conséquences de la nouvelle législation seraient examinées un mois après l’entrée en vigueur du texte, laissant entendre que des aménagements seraient possibles, selon l’agence Ria Novosti.

En attendant VGTRK a déjà annoncé qu’il va classifier le dessin animé « Nu, pogodi! » (qui est une série d’animation culte de tous les temps) en tant que 18+ ce qui le déplace automatiquement dans les créneaux nocturnes des chaînes du groupe …   En Russie il existe un proverbe qui pourrait résumer cette situation:  « Dites à un fou de prier et il va se fracasser le front »…

Sources : RTL, RBC

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5 réflexions au sujet de « Une nouvelle loi russe censure des dessins animés »

  1. Ping : Six studios d’animation russes iront au MIPTV | Les médias en Russie

  2. Ping : Une série russe sur la Seconde guerre mondiale censurée | Les médias en Russie

  3. Je trouve ça trés bien.
    Les Russes savent se protéger de la bêtise télévisuelle.
    Pas question qu’ils nous ressemblent.
    On voit où cela nous a mené, nous en Europe.

    • Je suis d’accord avec vous. La censure est nécessaire (surtout pour une production de **** comme « Itchy and Scratchy Show »). Mais, comme vous le savez, l’appétit vient en mangeant 🙂 et puisque le texte de la loi russe était trop vague certains dessins animés (bons et amusants) ont été « punis ». Donc, il ne faut pas exagérer, quoi 🙂

  4. Ping : L’agence média russe RIA Novosti tire sa révérence. Un délire médiatique ? | Les médias en Russie

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